Les rites forestiers.

L'esprit des forêts - la forêt de Chaux - les vieux métiers

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 Aux origines du rite des Fendeurs

Selon nos traditions opératives nous ne pouvons ignorer qu’un charbonnier est aussi un fendeur. Comment pourrait-il construire sa meule sans au préalable couper son bois ? La coupe des bois s’effectue l’hiver quand la sève est en retrait alors que la fabrication du  charbon sera une activité de la belle saison.

Ce métier de fendeur est probablement encore plus ancien que celui de charbonniers. Dans l’Antiquité, ces métiers du bois étaient regroupés sous le même mot : les dendrophores, mot grec signifiant littéralement « porteurs de bois » et les lignarii, regroupant les bûcherons, les fendeurs, les charpentiers de haute futaie et de menue futaie (menuisier), les huchiers (fabriquant de coffres et par extension de meubles). Des collèges gallo-romains aux corporations du Moyen Age, ces métiers étaient appréciés et honorés.

 

 

Notre Vente « Pierre-Joseph Briot » est fondée sur les rituels des Bons Cousins Charbonniers du Jura déposés aux archives de Besançon (1801) et Dole (1835). Ce qui nous a paru évident vu notre implantation géographique. Ce rite est qualifié de « Grand Alexandre la Confiance » et il servira de support au carbonarisme dont Pierre-Joseph Briot sera le vecteur et l’artisan en Italie. Ceci est une page d’histoire de la Franche-Comté dont nous tenons à témoigner dans notre transmission.

Toutefois, notre intérêt se portant sur l’ensemble des rites forestiers, nous ne pouvions ignorer une autre branche, celle dite « des Modernes ».

 

 

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A la hache

La hache fait partie des outils les plus anciens. Elle offre la spécificité d’êtreà la fois un outil et une arme. Elle fut particulièrement adaptée au travail du bois et par conséquent trouve une place d’honneur parmi les métiers travaillant le bois : essarteurs, fendeurs, charbonniers, charpentiers,…Elle est également associée à la justice, présente dans les faisceaux de licteurs et confiée aux bourreaux. La thèse de Christiane RAYNAUD intitulée « A LA HACHE », ouvrage monumental de plus de 500 pages permettra aux plus curieux d’approfondir ce vaste sujet : « Histoire et symbolique de la hache dans la France médiévale (XIIIe - XVe siècles », préfacée par Michel Pastoureau. Editions Le Léopard d’Or – 2002. Attention ! elle n’aborde pas la place de la hache dans les rituels des confréries des métiers du bois.  Le Jeu de la Hache mérite une attention tout à fait particulière. Ce « jeu » est en fait un véritable art martial occidental qui n’a rien à envier à ses homologues japonais. Un traité anonyme est déposé à la Bibliothèque Nationale (référence MS FR. 1996).Le traité est bourguignon, daté du XVe siècle, mais on trouve traces de cet art martial en Europe continentale notamment en Allemagne. Voilà de quoi concurrencer dans les combats les archers gallois. Cet art est un véritable art de vivre à destination des nobles et des non nobles. Il présente toutes les caractéristiques d’un code d’honneur à l’instar du judo et d’un processus initiatique lié à son apprentissage. Le document est accessible sur internet avec les interprétations et commentaires de Quentin Martin-Lavigne. Ci-dessous un extrait traduit du vieux françois…

Prologue du Jeu de la Hache  (anonyme bourguignon du XVe siècle)

Considérant et voyant par expérience que naturellement tout corps humain noble et nonnoble fuit la mort et désire vivre longuement en ce mortel monde. Et après au Royaume de Paradis vivre pardurablement. Pour parvenir et obtenir les désirs naturels dessus dits, il me semble que toute créature humaine et raisonnable se doit tenir en bon état et soi armer premièrement de bonnes armures spirituelles, c'est-à-dire, asseoir de belles vertus pour soi défendre et résister contre tous les vices et tentations diaboliques. En préservant et en gardant l’âme de mourir de mort éternelle. Et cela étant fait, on doit armer le corps de bonnes armures corporelles et matérielles et se pourvoir de glaives convenables, comme la hache, la demi-lance, la dague, la grande épée pour soi défendre et résister contre ses ennemis corporels et mortels. Et pour ce faire, tout homme noble de corps et de courage naturellement désire s’exercer et développer son habileté en occupation vertueuse et honorable. Et principalement au Jeu de la Hache dont procèdent et dépendent plusieurs glaives dessus nommés. D’autre part, ledit jeu est honorable et profitable pour la préservation du corps et de l’âme, noble et non noble. Pour les raisons dessusdites, j’ai employé mon petit entendement à mettre par écrit doctrines et enseignements touchant ledit Jeu de la Hache en la manière qui s’ensuit : A partir de votre pavillon, devez être bien armé et embâtonné de votre hache et d’autres glaives vous appartenant. En vous recommandant à Dieu devez faire le signe de la Croix et marcher droit d’une belle et valeureuse contenance, en regardant vers l’autre bout du parc pour voir votre adversaire. Et en le regardant devez prendre un fier courage en vous pour batailler vaillamment comme il se doit.