Les rites forestiers.

L'esprit des forêts - la forêt de Chaux - les vieux métiers

Hommage à notre regretté ami Yves Messmer disparu à la Samain 2018.

Mythologie antique et chrétienne en terre Séquane. Le blog de notre regretté ami Yves Messmer disparu à la Samain 2018. Spécialiste et comparatiste dans l'iconographie, l'art religieux et les mythologies antiques, y compris celtiques, et chrétiennes. Yves Messmer s'appuyant sur l'anti cléricalisme patent  de Courbet   tente de dégager dans son oeuvre des liens avec l'ancienne religion païenne voire le christianisme primitif. Ce blog présente plusieurs études fouillées. C'est un bien beau travail, riche en iconographie nous permettant de revoir l'oeuvre de Courbet sous un angle rarement envisagé. Nous y rencontrons souvent les Bons Cousins Charbonniers et les druides ne sont pas très loin.

Le lien avec le site MYTHISTORIA est accessible dans l'onglet  "Nos Partenaires"

Nos remercions son épouse pour nous avoir autorisé à publier ses articles sur notre site 

 

Sans doute le plus celèbre tableau de Gustave Courbet

"L'Origine du Monde"  Il s'agit d'une huile sur toile  de 46 × 55 cm, exposée au musée d'Orsay  depuis 1995

documentation Wikipedia

Ce tableau est une allégorie de la Grotte qui elle même l'est de la Vouivre qui l'est de l'Energie Vitale, la Vie qui se veut elle-même et qui ne se propage que d'être vivant en être vivant.

6) La Vouivre: origine du monde

Il n'y a pas de document où Courbet écrit "j'ai peint la Vouivre dans L'Origine du monde". Mais pour les historiens de l'art comtois, le tableau de 1866 est la suite logique de ses Vouivres - c'est-à-dire de ses Sources.

C'est le même chantier, les mêmes années :

  • 1864 : il peint 14 fois la source de la Loue, cette immense grotte de 60m de large où la rivière jaillit du rocher. 
  • 1865 : il peint la série du Puits-Noir, le ravin de la Brême. Ce site "a notamment inspiré plusieurs œuvres du peintre Gustave Courbet, qui lui consacre plusieurs tableaux".
  • 1866 : il peint L'Origine du monde pour Khalil-Bey.

Et sur le site même de la vallée de la Loue, on explique le lien comme une évidence :

"Avec les motifs de la grotte et de la source, Gustave Courbet interroge les mystères de la nature. Avec cette série de sources vibrantes et sensuelles, Courbet remonte aux origines de la terre et de la vie, d'où le parallèle établi par les historiens de l'art avec 'L'Origine du monde', réalisée quelques années plus tard, en 1866." 

Pourquoi la Vouivre entre dedans

La Vouivre, dans la légende de Mouthier-Haute-Pierre et de la Loue, c'est :

"Mi-femme, mi-serpent... Son front est orné d'une énorme pierre précieuse appelée 'escarboucle'. Elle cache ce joyau sur la rive, dans la mousse ou sous une pierre, avant de boire ou de se baigner" 

  1. La source comme sexe, le sexe comme source. Chez Courbet, la grotte est peinte comme un corps. Le vocabulaire est le même : voûte, fente, humidité, jaillissement. Quand il passe de la grotte de la Loue au corps féminin, il ne change pas de sujet. Il peint l'origine au sens géologique et au sens biologique. Lui-même disait : "Ces sous-bois, c'est chez moi, cette rivière c'est la Loue, celle-ci c'est le Lison, ces rochers ce sont ceux d'Ornans et du Puits Noir." 
  2. L'escarboucle. Dans la légende, tout le drame est autour de ce rubis frontal que la Vouivre dépose pour se baigner. C'est l'objet de convoitise, de lumière, de fortune. Dans les lectures féministes et folkloristes récentes de Courbet, on lit l'escarboucle comme métaphore du clitoris / du sexe féminin comme joyau. La Vouivre qui cache son joyau dans la mousse avant de se baigner, c'est exactement ce que peignent ses autres toiles : La Source (1862 et 1868) où une femme nue vue de dos se baigne dans un ruisseau - le moment précis où la Vouivre est vulnérable.
  3. L'origine racontée par la rivière. Une variante locale dit même que "la Loue était née du combat d'une vouivre et d'une louve". La rivière elle-même a une origine mythique féminine et monstrueuse. Peindre L'Origine du monde juste après avoir peint l'origine de la Loue, c'est peindre deux fois la même naissance.

Alors non, Courbet n'a pas peint une femme à tête de serpent. Il a fait plus radical pour un réaliste : il a peint le lieu où elle vit, la grotte-source, puis il a peint le corps comme s'il était ce lieu.

L'Origine du monde, dans la vallée de la Loue, se lit comme ça : la Vouivre enfin sans voile. Plus de serpent, plus de légende, juste la source elle-même.