Chez Gustave Courbet, la Vouivre n'est jamais peinte comme un dragon avec une escarboucle au front. Elle est partout, mais sous forme de paysage. C'est logique, tu es en Franche-Comté : la Vouivre est le paysage. 1. Le Puits-Noir, c'est sa maison Dans la tradition orale du Doubs, le berceau de la légende est à Mouthier-Haute-Pierre. La Vouivre y est décrite comme une femme qui se transforme en grand serpent ailé sans yeux, qui se guide avec une pierre précieuse au front, l'escarboucle, qu'elle dépose sur la berge quand elle se baigne. Le lieu où elle vit? Le Puits-Noir, ce ravin creusé par la Brême, sur la commune de Mouthier-Haute-Pierre. C'est l'un des paysages emblématiques de la vallée de la Loue. Or ce ravin, Courbet en a fait une véritable série, sa première vraie série paysagère franc-comtoise :
Il a développé ce motif sur plus de dix ans. Pour les habitants, peindre le Puits-Noir, c'était peindre l'antre de la Vouivre. Un auteur local le résume bien : "Et ses légendes : la Grotte des Faux-Monnayeurs, la Vouivre, le Ravin du Puits Noir. Courbet ne s'y était pas trompé". Un autre texte sur la Loue dit : "A l'origine il y eût comme un puissant coup de sabre... lieu maléfique, puisque l'on dit que c'est là que la Vouivre demeure et vient s'abreuver. Gustave voulait toujours mêler fantastique et réalité ; à sa façon il était un conteur." 2. La Source de la Loue, le bain de la Vouivre Deuxième lieu mythique : la source de la Loue. Dans la géographie mythique franc-comtoise, on parle des "sources de la Loue : la légende de la Vouivre". Courbet en peint au moins 4 variations à l'été 1864, au format identique, la rivière jaillissant de la grotte. C'est le moment exact où, selon la légende, la Vouivre sort de terre pour se baigner et déposer son escarboucle. 3. La femme nue dans l'eau = la Vouivre incarnée Courbet ne peint pas le monstre, il peint la femme. Et c'est là que l'interprétation bascule.Ses deux tableaux les plus célèbres sur ce thème :
Pour les historiens du folklore, la lecture est claire : la vouivre, comme Mélusine, apparaît comme une fée, une "dryade", "une naïade", une nymphe. La femme à la source de Courbet, c'est la Vouivre qui a quitté sa forme de serpent pour redevenir femme. C'est ce que Marcel Aymé reprendra plus tard dans son roman La Vouivre en 1943 : une ravissante jeune femme qui se mêle aux paysans autour de Dole. 4. La boucle avec la sculpture La preuve que le lien Courbet / Puits-Noir / Vouivre est resté vivant : en 1899, le sculpteur bisontin Just Becquet sculpte La Vouivre du Puits-Noir, un buste en terre cuite avec un serpent autour du cou. Le titre fait explicitement référence au site peint par Courbet. En dialecte comtois d'ailleurs, "vouivre" désigne aussi une vieille femme acariâtre, une mégère, ce qui correspond bien à la figure de Becquet : une vieille femme au visage raviné, yeux percés. Donc chez Courbet, pas de dragon. Il y a mieux : il a peint le territoire de la Vouivre si fidèlement que les gens du pays y ont reconnu son repaire. Le réalisme de Courbet est aussi une géographie mythique. |
Gustave Courbet "Le Puits-Noir" peint en 1865 museé de Besançon source Wikipedia
"La Vouivre du Puits-Noir" scupture de Jules Becquet 1899 musée des Beaux-Arts de Besançon La Vouivre est une sorcière à tête de chouette Le serpent est entourée autour de son cou
Gustave Courbet "La Source" peint en 1862 Musée d'Orsauy Paris document Wikipedia
Gustave Courbet La Source et femme nue 1868 musée d'Orsay |



