Les rites forestiers.

L'esprit des forêts - la forêt de Chaux - les vieux métiers

5) La Vouivre chez Gustave Courbet

Chez Gustave Courbet, la Vouivre n'est jamais peinte comme un dragon avec une escarboucle au front. Elle est partout, mais sous forme de paysage. C'est logique, tu es en Franche-Comté : la Vouivre est le paysage.

1. Le Puits-Noir, c'est sa maison

Dans la tradition orale du Doubs, le berceau de la légende est à Mouthier-Haute-Pierre. La Vouivre y est décrite comme une femme qui se transforme en grand serpent ailé sans yeux, qui se guide avec une pierre précieuse au front, l'escarboucle, qu'elle dépose sur la berge quand elle se baigne. 

Le lieu où elle vit? Le Puits-Noir, ce ravin creusé par la Brême, sur la commune de Mouthier-Haute-Pierre. C'est l'un des paysages emblématiques de la vallée de la Loue.  Or ce ravin, Courbet en a fait une véritable série, sa première vraie série paysagère franc-comtoise : 

  • Le Ruisseau couvert (Le Puits-Noir), 1865, Musée d'Orsay
  • Le Puits-Noir, vers 1865, Musée des Beaux-Arts de Besançon 
  • Le Ruisseau du Puits-Noir, vers 1865, Musée des Augustins de Toulouse
  • La Vallée du Puits-Noir, 1868, Art Institute of Chicago

Il a développé ce motif sur plus de dix ans. Pour les habitants, peindre le Puits-Noir, c'était peindre l'antre de la Vouivre. Un auteur local le résume bien : "Et ses légendes : la Grotte des Faux-Monnayeurs, la Vouivre, le Ravin du Puits Noir. Courbet ne s'y était pas trompé". Un autre texte sur la Loue dit : "A l'origine il y eût comme un puissant coup de sabre... lieu maléfique, puisque l'on dit que c'est là que la Vouivre demeure et vient s'abreuver. Gustave voulait toujours mêler fantastique et réalité ; à sa façon il était un conteur." 

2. La Source de la Loue, le bain de la Vouivre

Deuxième lieu mythique : la source de la Loue. Dans la géographie mythique franc-comtoise, on parle des "sources de la Loue : la légende de la Vouivre". Courbet en peint au moins 4 variations à l'été 1864, au format identique, la rivière jaillissant de la grotte. C'est le moment exact où, selon la légende, la Vouivre sort de terre pour se baigner et déposer son escarboucle. 

3. La femme nue dans l'eau = la Vouivre incarnée

Courbet ne peint pas le monstre, il peint la femme. Et c'est là que l'interprétation bascule.Ses deux tableaux les plus célèbres sur ce thème :

  • La Source, vers 1862, Metropolitan Museum of Art, New York : femme nue vue de dos dans un ruisseau 
  • La Source, vers 1868, Musée d'Orsay : même pose, même décor 

Pour les historiens du folklore, la lecture est claire : la vouivre, comme Mélusine, apparaît comme une fée, une "dryade", "une naïade", une nymphe. La femme à la source de Courbet, c'est la Vouivre qui a quitté sa forme de serpent pour redevenir femme.  C'est ce que Marcel Aymé reprendra plus tard dans son roman La Vouivre en 1943 : une ravissante jeune femme qui se mêle aux paysans autour de Dole. 

4. La boucle avec la sculpture

La preuve que le lien Courbet / Puits-Noir / Vouivre est resté vivant : en 1899, le sculpteur bisontin Just Becquet sculpte La Vouivre du Puits-Noir, un buste en terre cuite avec un serpent autour du cou. Le titre fait explicitement référence au site peint par Courbet.  En dialecte comtois d'ailleurs, "vouivre" désigne aussi une vieille femme acariâtre, une mégère, ce qui correspond bien à la figure de Becquet : une vieille femme au visage raviné, yeux percés. Donc chez Courbet, pas de dragon. Il y a mieux : il a peint le territoire de la Vouivre si fidèlement que les gens du pays y ont reconnu son repaire. Le réalisme de Courbet est aussi une géographie mythique.

Gustave Courbet "Le Puits-Noir" peint en 1865

museé de Besançon

source Wikipedia

"La Vouivre du Puits-Noir"

scupture de Jules Becquet 1899

musée des Beaux-Arts de Besançon

La Vouivre est une sorcière à tête de chouette

Le serpent est entourée autour de son cou

Gustave Courbet "La Source" peint en 1862

Musée d'Orsauy Paris

document Wikipedia

Gustave Courbet La Source et femme nue

1868 musée d'Orsay