Les rites forestiers.

L'esprit des forêts - la forêt de Chaux - les vieux métiers

4) la Vouivre des contes (le substrat celtique)

Le recueil de Jean Defrasne, la Bible qui a nourri mon enfance, et  connaissant les contes par coeur le plaisir de les raconter de vive voix à mes propres enfants et surtout plaisir immense de les raconter in situ.  Dedans, parmi les contes, tous plus fabuleux les uns que les autres, la Vouivre collectée par Jean Defrasne et non inventée. C'est LA version de référence "folklorique" avant Marcel Aymé. Si Aymé a romancé, Defrasne a collecté. Jean Defrasne - professeur, historien du folklore comtois - publie Contes et légendes de Franche-Comté en février 1974 chez Fernand Nathan dans la collection "Contes et légendes de tous les pays", réédité ensuite chez Cêtre à Besançon en 2001. 256 pages, 21 entrées. Son but n'est pas de faire de la littérature, mais de se faire "l'écho des conteurs d'autrefois dans la tiédeur du poêle".  Son chapitre "La Vouivre" est différent du roman d'Aymé sur 3 points :

1. Il ne donne pas une Vouivre, il en donne 10 ! Parce que la Vouivre bouge, elle a des histoires dans plein d'endroits. Chaque village a sa Vouivre.  Defrasne ne fait pas une histoire unique. Il fait ce que font les folkloristes : il compile les variantes orales qu'on racontait encore en veillée dans les années 50-60 : 

C'est ça qui le rend précieux : il montre que le noyau est toujours le même - serpent ailé + pierre sur le front + eau - mais que chaque village a son heure, sa source, son nom.

2. Sa Vouivre n'est pas une femme

Chez Defrasne, on est avant la jeune femme nue d'Aymé. On est dans la version archaïque, celle du bestiaire :"grand serpent de plusieurs mètres, pourvu de courtes ailes, avec un rubis en guise d'œil sur le front, qui jette une vive lueur qu'on voit de très loin" Il insiste sur le bruit - elle "voltige avec bruit de mont en mont, une haleine de flammes et d'étincelles sortait de sa bouche" - et sur la convoitise : le bûcheron qui vole la pierre apprend qu'elle transforme le fer en or. Pas de liaison amoureuse. C'est une bête gardienne, pas une amante.

3. Son ton est celui du conteur, pas du romancier

Il garde les formules orales : "On conte que...", "On voyait jadis...", "Il était une fois à File-Quenouille...". Il cite ses informateurs et les lieux-dits. C'est un document ethnographique, pas un roman bucolique.

Si on veut comparer :

  • Il faut lire Marcel Aymé pour le symbole: la femme libre, désirée, qui vient au marché de Dole en citadine élégante.
  • Il faut lire Jean Defrasne pour comprendre ce que ta grand-mère franc-comtoise  aurait vraiment pu entendre dans le poêle, en 1950, quand on parlait de la Vouivre qui buvait à la Loue.

Le livre se trouve encore très facilement d'occasion - édition Cêtre 2001, couverture verte - pour 5-6€. C'est le meilleur complément à Edith Montelle (L'Œil de la Vouivre), qui elle est venue 30 ans après faire le travail universitaire complet.

documentation personnelle (et j'y tiens)

image Edf

Edith Montelle (L'Œil de la Vouivre)

documentation et image EdF